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Katharine Hepburn et Spencer Tracy

Les Romantiques - 11/12/2019

Une histoire de cinéma mais, surtout, une histoire d’amour.


Cet article sera un peu différent de mes chroniques habituelles. Je veux vous parler d’un couple, de ceux qui ont fait Hollywood. D’un couple amoureux à la scène comme dans la vie. Je ne vais pas particulièrement évoquer leur carrière, pour l’un comme pour l’autre elle fut immense, mais, à travers les propos de Kate, leur histoire, leur amour tellement secret – ils vivaient cachés dans la petite maison d’hôtes sur la propriété de George Cukor – qu’il a rempli l’imaginaire des américains tout au long de leurs vingt-sept années de vie commune. Pour presque tout le monde, ce n’était qu’une rumeur. Mais pour le tout Hollywood, c’était un secret de polichinelle.

Et pour vous parler de l’amour qu’il y avait entre eux, quoi de mieux que ce qu’en disait Kate elle-même… bien longtemps après la mort de Spencer Tracy. Quand Kate rencontre Spencer Tracy, au début des années 40, elle a trente-trois ans, lui quarante. Elle l’a alors trouvé « bon comme une pomme de terre au four ». De lui, elle dira « …L’acteur parfait - si je pense à Spencer Tracy – est capable de rester sur ses rails et de se transformer sous nos yeux. Sans accessoire, par la seule magie et le magnétisme de ses pensées, il devient un autre. Il vous fait rire – il vous fait hurler de peur – il vous fait pleurer. Il vous persuade qu’il est cet homme extérieur à lui. Mais lui, reste confronté à lui-même, n’est-ce pas ? Et qui est-il ? Je ne l’ai jamais su. Il avait verrouillé la porte de son jardin secret. Je ne suis même pas sûre que lui-même en possédait la clef. Je soupçonne simplement qu’à l’intérieur de ce jardin ronflait un moteur puissant, qui tournait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à plein régime. Il a produit un certain nombre d’êtres remarquables – oui – et tous différents. […] ».

Katharine Hepburn est née le 12 mai 1907 - et non en 1909 comme elle aimait parfois à le laisser croire.
Fille d’un médecin urologue, elle accueillait ses visiteurs en leur demandant, avant qu’ils n’arrivent jusqu’à elle qui les attendait le plus souvent dans son salon, s’ils étaient allés aux toilettes et, une fois cette chose faite et après leur avoir souhaité la bienvenue, leur expliquait que son père disait « qu’il fallait aller aux toilettes dès que c’était nécessaire ». A Et quand elle décrit ses parents dans leur maison, c’est en ces termes : « …J’étais dans cette pièce. Avec papa à gauche de la cheminée. Maman à droite de la même cheminée. […] Le monde dans lequel je suis née, c’est eux. Eux mes origines, mon milieu… ». Deuxième d’une fratrie de six enfants, d’un père également pionnier de l’hygiène sexuelle et d’une mère suffragette qui se bat pour le contrôle des naissances, elle a un caractère bien trempé.

Après une enfance heureuse et des études à l’Oxford School et au Bryn Mawr College, elle quitte tout et part à Baltimore dans une compagnie théâtrale, puis à Broadway, avant de tenter sa chance à Hollywood où les grands pontes cherchaient une concurrente à Greta Garbo. Elle tourne alors avec les plus grands, de George Cukor – leur collaboration fut l’une des plus longues et des plus prolifiques du cinéma de l’âge d’or d’Hollywood et leur amitié durera toute leur vie – à Howard Hughes, en passant par John Ford, George Stevens, Howard Hawks, Franck Capra, John Huston, Walter Lang, David Lean, Sidney Lumet, Stanley Kramer, Joe Mankiewicz, et joue avec d’immenses acteurs comme Spencer Tracy, Cary Grand, Humphrey Bogart, John Wayne, Henry Fonda, James Stewart et bien d’autres.

Spencer Bonaventure Tracy, d’origine irlando-américaine, est né le 5 avril 1900 à Milwaukee dans le Wisconsin et décédé, d’une crise cardiaque foudroyante, le 10 juin 1967 à Beverly Hills en Californie.

Tout comme Katharine, il tourne avec les plus grands : souvent les mêmes réalisateurs qu’elle, mais aussi beaucoup d’autres comme Michael Curtis, Harry Lachman, David Butler, Victor Fleming, King Vidor, Vincente Minnelli, John Sturges, John Ford qui lui donnera à ses débuts un rôle dans son film Up the river. Au départ il joue, essentiellement, des seconds rôles qui le feront remarquer avant de tourner Furie, un film de Fritz Lang qui sera son premier grand succès.

Classé par l’American Film Institute 9ème acteur de légende, il est nominé à sept reprises pour l’Oscar du meilleur acteur, et l’obtient en 1937, pour Capitaine courageux de Victor Fleming, et en 1938 pour Des hommes sont nés de Norman Taurog, ainsi que le BAFTA à titre posthume pour Devine qui vient dîner de Stanley Kramer, en 1969.

En 1923 il épouse celle qui deviendra Louise Tracy, qui lui donnera deux enfants et dont il ne divorcera jamais malgré sa vie parallèle avec Katharine Hepburn. Déclenchée par le handicap dont souffre son fils, son addiction à l’alcool jouera pour beaucoup dans son état de santé malgré l’aide que lui apportera Kate, pendant des années, pour l’en guérir. Quarante ans après sa mort, Spencer était encore considéré comme l’un des plus grands acteurs– réaliste, au jeu plus moderne – de son époque.

En 1988, sa fille Suzie avec l’université de Californie crée l’UCLA Spencer Tracy Award qui récompensera de très grands acteurs comme James Stewart, Denzel Washtington, Michael Douglas, Kirk Douglas, Jodie Foster, Harrison Ford, Nicolas Cage…

Avec Kate, ils tourneront neuf films : La femme de l’année et La flamme sacrée (1942), Sans amour (1945), Le maître de la prairie (1947), L’enjeu (1948), Madame porte la culotte (1949), Mademoiselle Gagne-tout (1952), Une femme de tête (1957), Devine qui vient dîner ? (1967). Leurs films furent quelquefois sérieux, mais souvent aussi extrêmement drôles.

Une histoire d’amour merveilleuse mais si compliquée car, contrairement à ce que pourrait laisser penser cette photo (dans La femme de l’année de George Stevens), ils ne se marieront jamais. Spencer Tracy l’était déjà et, fervent catholique, refusait de divorcer par conviction religieuse. Ils ont été pendant vingt-sept ans d’éternels amants. Lui, l’homme simple, taiseux, bourru ; elle, très attachée à sa liberté, vibrante, lumineuse, pleine d’humour, féministe – qui, à l’âge de vingt ans n’a pas peur de poser nue pour un peintre –, qui aime l’aventure et pilote son avion, fume le cigare, fière, au tempérament explosif, qui affiche haut ses convictions, mais aussi élégante, terriblement femme et qui, par amour, acceptera de rester dans l’ombre. Lui, acteur au sommet de son art ; elle, surnommée la légende d’Hollywood à la carrière la plus longue du cinéma américain, classée, en 1999, comme la plus grande actrice de légende du cinéma américain par l’Américan Film Institute avec de nombreuses nominations et récompenses, entre autres – record inégalé jusque là – quatre Oscars de la meilleure actrice dont un pour « Devine qui vient dîner », qu’elle n’ira jamais chercher, première femme productrice à Hollywood, et première à obtenir une récompense d’un festival européen, la coupe Volpi de la meilleure actrice pour son rôle de « Jo » dans Les quatre filles du Dr March de George Cukor, à la Mostra de Venise en 1934.

Longtemps après, elle écrira dans ses mémoires dans un chapitre intitulé « l’amour » : « Je vais maintenant vous parler de Spencer. Peut-être vous dites-vous que vous avez attendu bien longtemps. Mais voyons les choses comme elles sont. Moi aussi. J’avais trente-trois ans. Il me semble avoir découvert le véritable sens des mots « je t’aime ». Ils veulent dire : je te place toi, tes intérêts, ton confort, au-dessus de mes propres intérêts et de mon propre confort, parce que je t’aime. […]
L’AMOUR n’a rien à voir avec ce que vous espérez recevoir, mais seulement avec ce que vous entendez donner – c’est-à-dire tout. […]
J’aimais Spencer Tracy. Lui, ses intérêts et ses exigences passaient en premier.
Ce n’était pas évident pour moi qui étais d’un égoïsme farouche.
Le sentiment que j’avais pour S.T. était unique.
J’aurais fait n’importe quoi pour lui. Ce que j’éprouvais… quels mots pourraient le dire ? – la porte entre nous était ouverte en permanence. Sans aucune réserve d’aucune sorte.
Il n’aimait pas ceci, il n’aimait pas cela. Je changeais ceci et cela. Il pouvait s’agir de qualités auxquelles j’étais personnellement attachée. Peu importe.
Je les changeais.
La nourriture – nous mangions ce qu’il aimait.
Nous faisions ce qu’il voulait.
Nous vivions la vie qui lui plaisait.
J’en tirais un grand plaisir. Savoir qu’il était heureux.
Je n’avais certes pas été dans ces dispositions avec mes autres amants. J’attendais d’eux qu’ils me plaisent. C’est une relation toute différente. Comme une fête réussie. Mais ce n’est pas l’amour.
Luddy* m’aimait – en ce sens du terme. Il faisait absolument tout ce qui était en son pouvoir pour me rendre heureuse.
Luddy me protégeait et me donnait confiance.
Je protégeais Spencer et lui donnais confiance.
J’ai vécu les deux types d’expériences les plus fabuleuses.
J’aimais mon père et ma mère. […] Et par bonheur, eux aussi m’aimaient – et j’en avais conscience – et j’en étais très heureuse.
Il existe une différence gigantesque entre aimer et aimer bien. Généralement, nous utilisions le verbe aimer pour dire en fait « aimer bien ». Je pense que très peu de gens sont en situation de dire un jour qu’ils aiment. Je crois qu’aimer bien correspond à une relation beaucoup plus facile. Fondée sur le raisonnable. L’amour, lui, est aveugle.
Qu’avait-il en lui qui me fascinait ? Oh ! la réponse n’est pas difficile à trouver. Il possédait un fantastique sens de l’humour. Il était drôle. Irlandais jusqu’au bout des ongles. Il était capable de rire, de faire naître le rire. Il avait une façon amusante de voir les choses – certaines choses, dirais-je. […]
Les gens m’ont demandé ce que Spence avait de spécial pour que je reste avec lui pendant près de trente ans. C’est une question à laquelle il m’est presque impossible de répondre. Sincèrement, je ne sais pas. La seule chose que je puis dire, c’est que jamais je n’aurais pu le quitter. Il était là – je lui appartenais. Je voulais qu’il soit heureux – bien – tranquille. J’aimais veiller sur lui – l’écouter – le nourrir – lui parler – travailler pour lui. J’essayais de ne pas le déranger – de ne pas l’agacer – de ne pas l’ennuyer – de ne pas le contrarier, l’énerver. […]
Quand il est arrivé vers la fin de sa vie – soit les six ou sept dernières années – j’ai virtuellement cessé de travailler rien que pour être là, afin qu’il ne s’ennuie pas, ne se sente pas seul. Je l’ai fait avec plaisir. Je peignais – j’écrivais – j’étais en paix et nourrissais l’espoir qu’il vivrait toujours.
Ce qu’il avait ? Je le trouvais… totalement – totalement – total ! Il me plaisait vraiment – profondément – et je voulais qu’il soit heureux. […]
C’était un grand acteur – simple. Il savait trouver le ton juste. Sans jamais en rajouter. La perfection, rien de plus, rien de moins. Pas de complication. Son jeu semblait spontané. Il savait faire rire. Il savait faire pleurer. Il savait écouter. […]
On m’a demandé un jour quand je suis tombée amoureuse de Spencer. Je ne m’en souviens pas. Immédiatement. Nous avons fait notre premier film ensemble et j’ai su tout de suite que je le trouvais irrésistible. Oui, exactement cela, irrésistible. […]
Je n’ai aucune idée de ce que Spence éprouvait pour moi. Je peux seulement dire que s’il ne m’avait pas trouvée à son goût, il ne serait pas resté avec moi. Tout bêtement. C’est une chose dont il ne parlait pas, et je n’en parlais pas non plus. Nous avons simplement passé vingt-sept années ensemble dans ce qui a été pour moi le bonheur absolu. C’est ce qu’on appelle l’AMOUR. »

*Luddy est Ludlow Ogden Smith. Il fut le seul homme qu’elle ait épousé, en 1928. Ils divorceront en 1934.

Kate est décédée en 2003, à l’âge de quatre-vingt-seize ans, et si elle a eu un mari et d’autres amants, avant Spencer Tracy, il sera le dernier et le grand amour de sa vie. Dans sa chambre trônaient une cheminée et un lit couvert de coussins. Sur la table de nuit, un petit tableau qu’elle avait peint, dans ces années où elle avait mis sa carrière en standby pour s’occuper de celui qu’on voyait sur la toile, de dos, lisant un journal. Mais à ses cheveux blancs coupés très courts, nul ne pouvait douter que c’était bien lui.

Spencer, très malade, est décédé quelques jours après la fin du tournage de leur dernier film ensemble « Devine qui vient dîner », trente-six ans auparavant. Vingt-quatre ans après sa mort, Kate lui écrira dans une longue lettre d’amour « …Tu n’as jamais su entrer dans ta propre vie mais tu pouvais devenir un autre… » et se posant, lui posant encore des questions.

À lui, son grand amour, cet immense acteur encensé par les plus grands de la profession, mais cet homme si difficile à comprendre. Et quand on lui demandera pourquoi elle avait considéré Spencer comme une pomme de terre au four, elle avouera que c’était pour son immense jeu d’acteur mais que, dans la vie, c’était un être terriblement compliqué.

Si, dans les confidences qu’elle fera à Andrew Scott Berg – qui a écrit sa biographie –, Kate se livre essentiellement sur ses propres sentiments pour Spencer et parle très peu de ceux qu’il avait pour elle, c’est en partie parce qu’après des décennies de silence sur leur liaison – qui fut, malgré tout, entrecoupée de plusieurs pauses –, elle ne savait pas comment en parler « sans abuser de son image ».

Kate vivra encore dix ans dans la petite maison que Cukor louait à Spencer, avant de la quitter à regret. Oh ! ce ne fut pas tous les jours idyllique mais de ces moments-là, Kate parle peu. La pudeur, sans doute. L’amour, certainement. Pour ce qu’il a de meilleur mais aussi… de moins bon. Je les ai toujours adorés et admirés tous les deux et j’ai beaucoup aimé leurs films… les regards qu’ils posent l’un sur l’autre. Ces regards intenses et terriblement profonds qu’ils se lancent tout en jouant leurs rôles, comme s’il leur était impossible de contenir leur amour. Et plus encore dans ce dernier film, comme s’ils savaient que l’inéluctable était proche. Peut-être le savaient-ils finalement, vu les larmes qu’on voyait briller très souvent dans les yeux de Kate, tout
au long de ce film dont le tournage n’avait lieu que les matins, Spencer étant trop fatigué.

Deux monstres sacrés, deux légendes du cinéma de l’âge d’or d’Hollywood. Deux grands acteurs qui aimaient leur métier. Un homme et une femme qui s’aimaient.

 

Sacroliyu

Sources :
Google images
« Moi, histoire de ma vie » de Katharine Hepburn
« Appelez-moi Kate – confidences de Katharine Hepburn » de A. Scott Berg
https://fr.wikipedia.org/wiki/Katharine_Hepburn
https://fr.wikipedia.org/wiki/Spencer_Tracy
https://www.letemps.ch/culture/katharine-hepburn-retrouve-spencer-tracy
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Femme_de_l%27année
https://www.programme-tv.net/news/cinema/208070-katharine-hepburn-lincroyable-histoire-de-sa-liaison-cachee-avec-spencer-tracy/
https://www.vodkaster.com/listes-de-films/katharine-hepburn-spencer-tracy/991512

https://mytf1vod.tf1.fr/films/devine-qui-vient-diner-14122

https://deslettres.fr/lettre-de-katharine-hepburn-a-spencer-tracy-tu-nas-jamais-su-entrer-dans-ta-propre-vie-mais-tu-pouvais-devenir-un-autre/


Wikipédia : pour les synopsis de leurs films ensemble


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